Ashwagandha et foie : dangers, signes et avis de l’Anses
25 octobre 2026
Oui, l’ashwagandha fait l’objet de signalements d’atteintes du foie. Ils sont peu nombreux, mais assez sérieux pour que l’Anses, l’agence sanitaire française, en ait fait une alerte dans un avis publié en avril 2024. Voici ce que contiennent ces signalements, à qui la plante est déconseillée et quoi faire si vous en prenez déjà.
L’ashwagandha peut-elle abîmer le foie ?
La réponse prudente est oui, chez certaines personnes. L’Anses évoque des suspicions d’atteintes hépatiques, cardiaques, thyroïdiennes, du système nerveux central, de la fertilité et du développement fœtal. Elle précise aussi que le nombre d’études est faible et que leur qualité varie, ce qui empêche de calculer un niveau de consommation sans danger.
Il faut donc éviter deux erreurs : croire que la plante est anodine parce qu’elle est naturelle, et croire qu’elle abîme le foie de tout le monde. Les cas rapportés restent rares, et beaucoup concernent des personnes qui prenaient en même temps d’autres compléments ou des médicaments. Mais « rare » n’est pas « sans gravité » : l’agence cite un cas d’insuffisance hépatique aiguë ayant nécessité une transplantation.
La plante utilisée est Withania somnifera, vendue le plus souvent sous forme de poudre ou d’extrait de racine en gélules. Elle est classée en France sur la liste B de la pharmacopée, celle des plantes médicinales dont les effets indésirables potentiels l’emportent sur les bénéfices attendus, selon la définition reprise par l’Anses. Les compléments qui en contiennent sont pourtant en vente libre : plus de 250 produits ont été déclarés à la DGCCRF entre avril 2016 et mars 2021.
Ce que les cas rapportés montrent
L’avis rassemble plusieurs sources de signalement. Le tableau en résume les chiffres.
| Source | Ce qui est rapporté |
|---|---|
| Nutrivigilance (France, depuis 2009) | 8 signalements d’effets indésirables possibles, dont 6 analysés en détail |
| Base de l’OMS (Vigiaccess) | 73 cas, surtout digestifs et généraux, avec des jaunisses, de l’anxiété et des démangeaisons |
| Suède | 4 cas suspects, gastriques et hépatiques, sans évaluation du lien de cause à effet |
| Canada (1965 à mai 2023) | 150 déclarations impliquant au moins un produit contenant la plante |
| États-Unis (FDA, septembre 2023) | 29 déclarations, dont des lésions hépatiques, des anomalies du bilan du foie et des cholestases |
Dans la littérature médicale, plusieurs cas détaillés concernent le foie. Une série de cinq patients rapporte des lésions hépatiques survenues entre 2 et 12 semaines après le début du complément, avec jaunisse, nausées, douleurs abdominales, léthargie et démangeaisons.
Un homme de 40 ans a développé prurit, jaunisse et élévation des transaminases après 20 jours de prise. Chez une femme de 41 ans, un produit associant la plante à de la progestérone a provoqué une insuffisance hépatique aiguë, qui a abouti à une greffe.
Ces cas ne prouvent pas que chaque prise est dangereuse. Ils montrent un schéma : des symptômes qui apparaissent après quelques jours ou quelques semaines, et qui, dans plusieurs cas publiés, ont régressé à l’arrêt du produit.

Comment reconnaître une atteinte du foie ?
Les symptômes décrits dans les cas publiés sont les mêmes d’un patient à l’autre. Un seul d’entre eux suffit à justifier l’arrêt du complément et une consultation, d’autant qu’ils peuvent apparaître plusieurs semaines après le début de la prise.
- un jaunissement de la peau ou du blanc des yeux, la jaunisse ;
- des démangeaisons sans éruption visible ;
- des nausées ou une satiété précoce ;
- une fatigue inhabituelle, une léthargie ;
- des douleurs abdominales, surtout en haut à droite.

Le diagnostic repose sur une prise de sang qui mesure les transaminases et la bilirubine, que seul un médecin prescrit. N’attendez pas que les symptômes passent d’eux-mêmes, et apportez au rendez-vous l’emballage du produit, qui indique la forme et la composition. Pour aller plus loin sur la santé du foie en officine, voyez l’article soutenir votre foie sans ordonnance.
Qui doit s’abstenir d’ashwagandha ?
L’Anses recommande de s’abstenir aux personnes les plus exposées. Elle demande en outre une précaution pour les publics dont les données manquent : les femmes allaitantes et les moins de 18 ans.
| Situation | Recommandation de l’Anses | Raison évoquée |
|---|---|---|
| Maladie du foie | S’abstenir | Suspicion d’atteintes hépatiques |
| Trouble de la thyroïde | S’abstenir | Effets sur les hormones thyroïdiennes, thyrotoxicose |
| Maladie du cœur | S’abstenir | Suspicion d’effets cardiaques |
| Excès d’hormones masculines | S’abstenir | Effets sur les hormones sexuelles |
| Grossesse | S’abstenir | Emploi traditionnel comme abortif, effets sur le développement fœtal |
| Traitement sédatif ou dépresseur du système nerveux | S’abstenir | Effets sédatifs, cumul possible |
| Allaitement, moins de 18 ans | Ne pas consommer par précaution | Manque de données |
La liste est longue, ce qui rend une idée simple : l’ashwagandha n’est pas un complément à prendre sans avis. Les personnes qui suivent un traitement au long cours, quel qu’il soit, ont intérêt à en parler à leur médecin ou à leur pharmacien avant tout achat.
Thyroïde, cœur, somnolence : les autres alertes
Le foie n’est pas le seul organe cité. Des études cliniques rapportent des effets sur les hormones thyroïdiennes et sexuelles, avec des cas de thyrotoxicose. L’agence note aussi des effets sédatifs, avec de la somnolence, qui l’ont conduite à déconseiller la plante avant de conduire un véhicule ou d’utiliser des machines.
Les interactions avec les médicaments sont une autre inconnue. Plusieurs études en laboratoire laissent penser que la plante pourrait modifier l’action de certains traitements, et l’agence demande la plus grande prudence en cas de prise simultanée. Elle ajoute une règle valable pour tout complément alimentaire : en parler à son médecin.
Si vous cherchez une aide contre le stress ou le sommeil, d’autres options existent et se discutent au comptoir : voyez les adaptogènes au quotidien, la mélatonine, ses doses et ceux qui doivent l’éviter et les tisanes pour dormir.
Pourquoi aucune dose sûre n’est fixée
Les étiquettes affichent des quantités en milligrammes, mais ces chiffres décrivent mal ce que l’on avale. La plante contient des lactones stéroïdiques appelées withanolides, ainsi que des alcaloïdes, et leurs teneurs varient fortement selon la partie de la plante. L’Anses relève aussi que les opérateurs indiquent très rarement les doses journalières de ces substances.
Autre piège, mis en évidence dans la littérature citée par l’avis : des compléments censés contenir de la racine ont été adultérés avec des feuilles de la même plante, riches en alcaloïdes, ou avec d’autres plantes. Un produit ne se juge donc pas à son seul nom.
C’est la raison pour laquelle l’Anses, comme les agences allemande, danoise et néerlandaise, estime impossible de définir un niveau de consommation sans risque. Les extraits étudiés sont trop mal caractérisés pour relier un composé à un effet précis.
Ce que décident les autres pays européens
Les règles ne sont pas harmonisées au niveau de l’Union européenne, et les positions diffèrent nettement d’un pays à l’autre.
| Pays | Position rapportée dans l’avis |
|---|---|
| France | Mise sur le marché acceptée dans les compléments alimentaires, avec mises en garde de l’Anses depuis avril 2024 |
| Pologne | Racine limitée à moins de 3 g par 24 h, 10 mg de withanolides par portion journalière, avertissements obligatoires |
| Danemark | Plante déconseillée dans les denrées alimentaires (évaluation de 2020) |
| Allemagne | L’institut fédéral d’évaluation des risques propose de classer la racine sur la liste C des substances sous contrôle |
| Pays-Bas | Abstention recommandée à toute la population, en compléments comme en infusions (rapport de 2024) |
Cet écart explique pourquoi un produit vendu librement en France peut être mal vu ailleurs. Il confirme aussi que le sujet n’est pas tranché : les agences attendent des études supplémentaires, notamment sur la toxicité hépatique et les interactions.
Que faire avant d’en prendre, ou si vous en prenez déjà ?
Le plus utile est d’en parler. Un pharmacien connaît votre traitement, vos antécédents et les autres produits que vous prenez, ce que ne fait aucune étiquette.
- Faites la liste de tout ce que vous prenez : médicaments, compléments, tisanes.
- Vérifiez qu’aucune des situations du tableau ne vous concerne.
- Choisissez un produit dont l’étiquette précise la partie de plante, la forme et la quantité par prise.
- Évitez de prendre plusieurs compléments en même temps : c’est une recommandation de l’Anses.
- Arrêtez et consultez au moindre symptôme du foie, puis signalez-le à un professionnel de santé, qui peut le déclarer au dispositif de nutrivigilance.
L’agence note enfin qu’une réflexion semblable mériterait d’être menée pour les tisanes contenant la plante. Pour d’autres compléments qui demandent de la prudence, consultez l’huile de foie de morue ou les oméga-3 en gélules.
L’ashwagandha est-elle interdite en France ?
Non. Sa mise sur le marché dans les compléments alimentaires a été acceptée, et plus de 250 produits ont été déclarés à la DGCCRF entre 2016 et 2021. L’Anses a toutefois publié en 2024 des mises en garde et des déconseils pour plusieurs publics.
Combien de temps après la prise le foie peut-il être touché ?
Dans une série de cinq cas publiés, les symptômes sont apparus entre 2 et 12 semaines après le début du complément. Un autre cas décrit une atteinte au bout de 20 jours, d’où l’intérêt de surveiller les signes dès les premières semaines.
Quels signes doivent faire arrêter l’ashwagandha ?
Jaunisse, démangeaisons, nausées, satiété précoce, fatigue inhabituelle ou douleur en haut à droite du ventre. Arrêtez le produit, consultez rapidement un médecin et gardez l’emballage pour lui montrer.
Peut-on en prendre avec des médicaments ?
L’Anses invite à la plus grande prudence, car des études en laboratoire évoquent des interactions et des effets sédatifs. Elle demande de signaler la prise de tout complément à son médecin, et déconseille la plante avec un traitement dépresseur du système nerveux.
L’ashwagandha en tisane est-elle plus sûre ?
Pas nécessairement. L’agence indique qu’une réflexion semblable à celle des compléments mériterait d’être menée pour les tisanes, et l’institut néerlandais recommande de s’abstenir aussi des infusions.
Les femmes enceintes peuvent-elles en prendre ?
Non. L’Anses déconseille la plante pendant la grossesse en raison d’effets possibles sur le développement fœtal et d’un emploi traditionnel comme abortif. Elle recommande aussi la précaution pendant l’allaitement.
Si vous prenez de l’ashwagandha depuis moins de trois mois, surveillez votre peau, vos yeux et votre niveau de fatigue, et notez la date du début. Si vous êtes dans l’une des situations du tableau, ne commencez pas : passez au comptoir de votre pharmacie avec l’emballage du produit et la liste de vos traitements.


